Comment l'engagement des pêcheurs peut changer la face de l'industrie de la pêche

En Méditerranée, de nombreuses espèces de poissons sont menacées d'extinction et 96 % des stocks sont surexploités. Pourtant, l'industrie de la pêche est globalement encore réticente à modifier son mode de fonctionnement alors qu'elle bénéficierait, sur le long terme, des restrictions liées à la pêche. Alors comment peut-on leur faire réaliser cela et amener un changement ? Et si l'on impliquait directement les pêcheurs dans la gestion des stocks de poissons?

C'est l'idée qu'a eu un partenariat d'ONGs, de scientifiques et de managers d'aires marinées protégées (AMP). En effet, il est bien connu que le véritable changement doit venir de l'intérieur. En l’occurrence, les pêcheurs eux-mêmes ont un rôle capital à jouer. Gardant ce constat à l'esprit, le projet FishMPABlue 2 a œuvré en faveur d'une pêche mieux coordonnée dans les AMP de Méditerranée

FishMPABlue 2 était en fait la suite d'un projet qui avait évalué l'efficacité de la gestion de la pêche à petite échelle (SSF) dans 32 AMP méditerranéennes, en identifiant les éléments clés à mettre en œuvre par le biais d'une boîte à outils de gouvernance de la SSF. Cette première phase a souligné que de nombreux facteurs réduisaient l'efficacité de la performance des AMP, et que la plupart d'entre eux dépendaient de la perception des pêcheurs.  

L'objectif était donc de créer une plateforme de coopération entre les deux principaux acteurs, les pêcheurs et les gestionnaires d'AMP, afin de créer une approche participative qui ferait des pêcheurs les gardiens de l'environnement marin. La deuxième phase du projet a ensuite consisté à tester cette boîte à outils dans 11 AMP de 6 pays de l'UE (Espagne, France, Grèce, Italie, Croatie et Slovénie) afin de s'assurer de leur efficacité sur le terrain. 

L'ambition du projet étant de réduire la pêche, certaines inquiétudes ont inévitablement été soulevées par les pêcheurs qui pouvaient perdre une partie de leur revenu. Heureusement, le projet a réussi à faire évoluer leur perception en leur montrant, à l'aide de preuves scientifiques, que les AMP ne doivent pas 

être considérées comme un danger pour leurs moyens de subsistance mais comme un allié pour sauvegarder la source de leurs revenus, l'environnement marin. 

Dans chacune des AMP pilotes, un "cluster de gouvernement local" (LGC) a donc été créé et a rassemblé l'ensemble des parties prenantes : pêcheurs, gestionnaires, politiques portuaires, parties prenantes locales, gouvernements locaux. Pour de nombreux pêcheurs, c'était la première fois qu'ils avaient leur mot à dire dans les décisions prises localement et qui avaient un impact direct sur leur travail. Le LGC a contribué à l'autonomisation des pêcheurs qui ont enfin été impliqués dans le processus décisionnel.

Ma famille pratique la pêche depuis plus de 750 ans, et c'est la première fois que quelqu'un nous demande quelque chose

 

                                                     Sebastian RALJEVIĆ, pêcheur du parc naturel de Telašćica en Croatie

Des actions pilotes ont ensuite été mises en œuvre dans les 11 AMP contribuant au projet, impliquant au total plus de 200 pêcheurs dans toute la Méditerranée. Ces activités ont consisté à remplacer certains filets, à réduire la pêche et à sensibiliser les différentes parties prenantes. Par conséquent, les responsabilités des pêcheurs ont été diversifiées et ils ont directement pu participé aux activités de surveillance et de suivi scientifique des AMP, en collaboration avec les gestionnaires des AMP

Pendant le projet, une évaluation scientifique des effets des activités a été mise en place afin de comparer le statut environnemental et socio-économique de la SSF dans chaque AMP pilote avant et après la mise en place du toolkit. L'étude a notamment démontré que la qualité des stocks de poissons analysés et des écosystèmes connexes avait augmenté. D'autre part, il est apparu que les pêcheurs avaient réagi de façon positive à la mise en œuvre des mesures de gouvernance, puisqu'ils étaient au courant des mesures en cours dans leur propre AMP.

En juin 2021, la phase 3 du projet (désormais appelée FishMPABlue2 PLUS) a débuté. La même stratégie sera appliquée à 11 nouvelles AMP de 5 pays. À la fin de cette troisième phase, en juin 2022, 30 AMP méditerranéennes appliqueront la même approche en matière de gouvernance

Certes, il reste encore beaucoup de travail à accomplir et le processus prend du temps. Toutefois, seule une approche scientifique et participative permettra un réel changement vers un mode de pêche plus durable. Chaque AMP bien gérée et chaque pêcheur impliqué dans le processus est un pas de plus vers une mer Méditerranée plus durable sur le plan économique et social.

 Cliquez ici pour en savoir plus sur FishMPABlue 2 et FishMPABlue 2 PLUS