L'énergie propre : une réelle opportunité pour les territoires isolés méditerranéens

La Méditerranée compte 190 îles tandis que 71 % de son territoire est rural. Ces zones, en raison de leur isolement, sont caractérisées par une économie à petite échelle, des difficultés à trouver un emploi, une dépendance énergétique, une diminution de la population, en particulier des jeunes qui se déplacent vers les zones urbaines à la recherche d'une vie meilleure. Aux Baléares par exemple, 45 % du secteur agricole a maintenant disparu. 

Bien que la situation semble plutôt complexe, la population locale est généralement très unie. Ces territoires offrent aussi un potentiel unique d'exploitation de leurs ressources en nouvelles énergies propres. Compte tenu de ces spécificités, l'économie locale pourrait bénéficier d'investissements dans les énergies renouvelables. Pourtant, même si de tels investissements pourraient améliorer les conditions de vie de la population locale en apportant de nouveaux emplois, leur mise en œuvre sur le terrain n'est pas toujours acceptée par les habitants. Ces installations ont besoin de suffisamment d'espace et ont un impact sur le paysage puisqu'elles ont des conséquences sur l'occupation des sols et sont parfois mal perçues par les communautés. Une meilleure communication et sensibilisation sur le sujet est essentielle mais dépend en grande partie des intentions des autorités locales.

Par conséquent, la mise en œuvre de la transition vers une énergie propre dans les petits territoires insulaires et ruraux est un processus délicat et complexe.  Afin d'inclure tous les aspects du contexte social et local dans la transition vers une énergie propre, les plans nationaux, régionaux et locaux sont au cœur de l'initiative ETU, l'approche innovante clé créée par la communauté Interreg MED Renewable Energy (Energies renouvelables), composée de 7 projets.

"ETU" ou Ecosystemic Transition Units (unités de transition écosystémiques) représente quatre composantes : la planification énergétique (composante territoriale); la communauté énergétique (composante sociale); la gouvernance énergétique (composante juridique) et les installations énergétiques (composante technologique).

La composante territoriale concerne la planification de l'énergie au niveau local. La valeur ajoutée de cette composante est d'apporter de la cohérence et de compléter le Plan d'Action en faveur de l'Energie Durable et du Climat (PAEDC). Certains maires ont tenté de les appliquer avec des degrés et approches différents, ce qui a produit des disparités selon les territoires, notamment dans les villages qui ont été peu inclus dans ces plans. L'ETU permettraient aux maires de mutualiser leurs efforts grâce à une méthodologie commune. Comme le dit Cynthia Echave, membre de la communauté Renewable Energy et responsable de l'initiative ETU, "cela inclut des initiatives à petite échelle".

La composante sociale signifie qu'il faut donner du pouvoir aux habitants et les impliquer dans les décisions, en créant des "communautés énergétiques", afin que le processus soit fermement ancré dans un mécanisme de décision démocratique et décentralisé, et non pas seulement imposé par le haut. Les communautés énergétiques représentent le pilier autour duquel les investissements locaux dans les énergies renouvelables pourraient émerger. Ces investissements permettraient de garantir l'acceptation sociale et d'exprimer les besoins de la communauté locale.

La composante juridique est liée à la gouvernance énergétique. Pour être efficace, l’ETU doit être soutenue par un accord entre toutes les parties intéressées, intégrant les besoins et les attentes des autorités à tous les niveaux (privés, publics, nationaux, régionaux et locaux). L'accord, qui devrait durer au moins 6 ans, garantirait la réussite de la mise en œuvre du modèle. En outre, l'une des ambitions de la communauté Renewable Energy est d'établir ou de compléter l'actuel règlement de l'UE en matière d'énergie, voire de créer une autorité européenne chargée de superviser cette nouvelle approche et de définir des alliances stratégiques qui la dynamiseraient à l'échelle européenne.

Enfin, la composante technologique concerne les installations énergétiques. Cette composante consiste en la recherche de financements appropriés pour les infrastructures d'énergie renouvelable. Ce dernier point représente un défi majeur car ces installations ont souvent des coûts élevés, sans garantie de retour sur investissement, surtout pour des petites municipalités où les budgets sont insuffisants pour de tels financements. Toutefois, trouver des solutions financières est essentiel pour éliminer les derniers obstacles qui pourraient compromettre l’investissement dans les sources d’énergie renouvelable. 

Pour répondre aux besoins de financement des communautés locales, la composante technologique de l’ETU présente des solutions créatives. Le "crowdlending" pourrait en être un exemple. Il s'agit d'une modalité de financement, où le maire et les citoyens décident collectivement d'investir dans les énergies renouvelables. Il existe des exemples concrets d’investissements collectifs vers la transition énergétique à Barcelone et à Gérone.

Plusieurs réussites en Méditerranée ont inspiré le modèle de l’ETU. Kostas Komninos, membre de l'Agence égéenne pour l'énergie et l'environnement et du réseau DAFNI des îles grecques durables, dirige la mise en œuvre du projet "Kythnos Smart Island" sur l'île de Kythnos, en mer Égée, un living lab d'innovation depuis 1982. Il explique : "Lorsqu'on discute avec les habitants, la transition énergétique ne semble guère les concerner. Ils sont très sceptiques ! La gestion de l'eau et des déchets, mais aussi les liaisons avec le continent sont beaucoup plus pertinentes pour eux ; ainsi, au lieu d'entamer la discussion sur l'énergie propre, il vaut mieux essayer de les aider à résoudre les problèmes prioritaires pour les locaux. Pour les petites îles, le transport des déchets vers le continent est très coûteux. Il est donc essentiel d'inclure dans le processus des solutions basées sur l'économie circulaire pour parler aux autorités et à la population locale. C'est pourquoi nous avons besoin d'une approche plus intégrée pour la transition énergétique dans les îles. Seules l'innovation et la gouvernance peuvent permettre cette transition".

Un manifeste plutôt qu'un document politique

Pour diffuser l'initiative ETU dans toute la Méditerranée, la communauté des énergies renouvelables a lancé le "Manifeste de l’ETU". Même si un "manifeste" n'est pas une manière courante de diffuser une initiative, particulièrement dans un contexte de prise de décision politique où la tendance est de publier des "documents politiques". Cynthia Echave nous explique ce choix : "La présentation du manifeste était nécessaire pour établir les principes de l'initiative. Nous nous concentrons sur la transition énergétique et ses enjeux nécessitent une approche très sociologique, qui se traduit par la mobilisation de ressources et de personnes pour une cause. Un manifeste donne un sentiment d'urgence, de changement politique et d'innovation sociale".

L'innovation sociale semble être l'approche adaptée pour surmonter la réticence des populations locales, en leur montrant que les sources d'énergie renouvelable peuvent apporter des solutions pour faire face au manque d'opportunités économiques, au dépeuplement, au vieillissement, à la pauvreté et aux inégalités sociales. Le manifeste pourrait rassembler la population locale et attirer des investissements dans les énergies renouvelables.

En outre, l'activité économique dans des secteurs tels que le tourisme, la pêche, l'agriculture et l'élevage, qui sont très énergivores, devrait être prise en compte pour réduire les coûts de production. "Ces liens - comme le souligne Cynthia Echave - avec l'économie locale pourraient être une porte supplémentaire pour entrer en contact avec les locaux. Tout peut être développé s'il y a une réelle opportunité économique, mais l'implication des citoyens est cruciale".

Comment mettre en œuvre l'initiative ETU ?

Certaines priorités territoriales doivent être prises en compte pour la mise en œuvre de l’ETU sur le terrain. La communauté Renewable Energy a déjà cartographié un certain nombre de territoires pour diffuser le modèle de l’ETU. Afin de décider des zones à privilégier, une double approche a été déployée. Dans un premier temps, ils ont utilisé l'analyse des données territoriales. À la suite de cette analyse, ils ont conclu que la mise en œuvre de l’ETU devrait commencer par s'intéresser aux petites zones rurales proches des zones urbaines. Ensuite, les partenaires de la communauté Renewable Energy ont identifié les territoires de leurs réseaux qui seraient les plus aptes à bénéficier en premier lieu du modèle.

La campagne de l'initiative ETU vise à encourager environ 70 municipalités de toute la Méditerranée à rejoindre le réseau existant de partenaires de la communauté Renewable Energy. L'idée serait d'organiser des sessions de sensibilisation et des actions de diffusion pertinentes pour assurer leur engagement et leur soutien.

À plus grande échelle, la communauté Renewable Energy a l'ambition de tendre la main aux gouvernements nationaux en France, en Grèce, en Espagne, en Slovénie, en Italie et en Croatie. L'objectif est d'intégrer l'approche de l’ETU dans la préparation de leurs plans nationaux énergie et climat (NECP). Une stratégie descendante qui aiderait les différents niveaux d'autorités à se coordonner entre eux et, en outre, à apporter plus de démocratie aux actions proposées, ce qui permettrait de mieux atteindre la communauté locale.

Enfin, une autre dimension du processus de mise en œuvre de l’ETU consiste à établir des liens avec la Convention des Maires et l'initiative "Énergie propre pour les îles de l'UE". L'objectif principal est que le modèle de l’ETU participe au processus de préparation et de mise en œuvre des SECAPs et des Agendas transitoires pour l'énergie propre en fournissant une méthodologie commune et en assurant une participation locale active.

En quoi consiste la priorité d'investissement du programme Interreg MED pour les faibles émissions de carbone ?

La communauté Renewable Energy fait partie de l'axe d'investissement "Économie à faible émission de carbone" du Programme. Cet axe porte sur les stratégies à faible intensité de carbone et l'efficacité énergétique dans des territoires méditerranéens spécifiques : villes, îles et zones rurales. Pour répondre aux besoins de la transition énergétique, le Programme Interreg MED a créé 3 communautés de projets supplémentaires avec un total de 26 projets : Efficient buildings (efficacité énergétique dans les bâtiments publics) ; Renewable Energy et Urban Transport (transports urbains).

Pour en savoir plus sur les résultats de cette communauté Interreg MED, consultez les pages suivantes (disponibles seulement en anglais) :

Recommandations politiques clés 

Manifeste de l'initiative ETU

 

Certains résultats du Programme Interreg MED en matière de faibles émissions de carbone ont été atteints dès 2019 :

Personnes formées en rénovation énergétique des bâtimentsRégions engagées dans des plans d'efficacité énergiques Outils de planification pour surveiller et gérer l'énergie dans les bâtiments publicsPopulation prévue des îles couvertes par des plans d'énergie renouvelablePopulation participant aux activités de sensibilisation au transport à faible émission de carbone
2 697149128 025 0007 115